Profession de foi

Plonk et replonk

L’action psychanalytique démonte les stratégies, les ruses, les compromis du Moi et de l’inconscient et amène le sujet à être capable d’une conduite véridique et non plus stratégique.
Didier Anzieu.

Je crois qu’il existe un pouvoir dénouant, salvateur et guérisseur des mots. Ma position de psychanalyste revient à croire en ce qui advient quand on arrive à mettre en mots. Quand on dépose, que la parole (mimique, bruit, position…) est reçue, accueillie par un autre qui entend et ne juge pas. Je crois à la force de l’écho des histoires dites entre quatre murs, à la possibilité d’entendre enfin ce que l’on s’entend dire. Je sais qu’un mot, émis, peut soudain faire sens, que le soulagement vient, la compréhension s’installe, la trame des douleurs se dénoue. Au fil des révélations l’acceptation naît. Les jougs et blessures répétés s’évanouissent. Être devient possible, être devient libre.

Plonk et replonk

On ne choisit pas légèrement d’aller consulter un psychanalyste, on y va porté par la nécessité, parce qu’on ne peut plus faire autrement, qu’il faut qu’une porte s’ouvre, et qu’un espace possible existe où déposer, dire, reprendre son souffle, faire sens, advenir. Il s’agit d’affronter la déconstruction pour pouvoir reconstruire, il s’agit de partir à la rencontre, et devenir soi-même.

Le psychanalyste permet que soient dits, entendus, élucidés ce qui fait entrave et souffrance, ce qui est ignoré. L’analysant pourra faire son travail d’élucidation – libération grâce à la rencontre avec et à l’écoute du psychanalyste, à l’environnement proposé, au lien qui se crée. Le psychanalyste offre l’assurance, la durée, l’espace, le socle où tenir ce chantier de paroles.

Le choix d’aller rencontrer un psychanalyste est courageux, impliquant. La démarche en elle même est porteuse de volonté, proactive, responsable. C’est une quête pour permettre de faire bouger les choses et éviter que la souffrance ne soit prépondérante et répétitive. L’analysant pourra faire son travail d’élucidation – libération grâce à la rencontre avec et à l’écoute du psychanalyste, à l’environnement proposé, au lien qui se crée.

Reconnaître ce qui nous détermine, à notre insu.
Explorer même l’angoisse jusqu’à découvrir la liberté.
Apprendre à perdre, à accepter d’être séparé. Perdre l’autre, perdre la face, perdre l’illusion.

Take pride in your fears : Juju’s Delivery

Accéder à la réalité. Accéder à ce que l’on est. S’affranchir des fausses identités, fausses croyances, fausses loyautés.
Quitter l’espace des compromis, des petits arrangements, des répétitions pour investir une liberté d’être, être soi.

Différences et spécificités de la psychanalyse :

Ne pas voir celui à qui on parle
C’est une présence mais qu’on ne voit pas. C’est ainsi que l’analysant peut faire de l’analyste le support, l’incarnation de ce que /qui il veut (son père sa mère etc)

Le silence de l’analyste
Le psychanalyste se tait pour que l’analysant puisse entendre sa propre parole. Pour faire entendre à l’analysant ce qu’il n’entend pas.
En se taisant l’analyste partage l’épreuve avec l’analysant.
L’analyste crée l’écho dont les mots reviennent entendus.

Les inconscients : de l’analyste et de l’analysant
Notre inconscient s’écoule par chaque geste de notre corps.
Didier Anzieu.
La spécificité de l’analyse est de travailler à partir du matériau inconscient, de l’explorer, de le laisser se déployer.

Plonk & Replonk

Le transfert
Le psychanalyste peut se transformer en porte manteau et endosser les représentations du père, de la mère etc, permettant à l’analysant de rejouer, dire, chercher ce qui a besoin d’être élucidé.
Ce n’est pas l’interprétation ou la théorie qui importe mais comment, par le transfert, l’analyste peut permettre à l’analysant de trouver une guérison déjà prête à éclore en lui.
Bruno Clavier.

L’argent
En plus de rémunérer le temps, la disponibilité, la formation du psychanalyste, l’argent garantit que la relation, chargée du transfert et contre-transfert, reste exclusivement professionnelle et interdit toute transgression.
Là ou le patient peut croire que le thérapeute ne le reçoit que pour l’argent est l’endroit justement ou il a l’assurance qu’il ne faudra pas le payer autrement ou éternellement. Payer rend libre.
Bruno Clavier.

Prendre conscience de nos fonctionnements.
Reconnaître ce que nous sommes, comment nous sommes constitués. Cette élucidation nous permet de dégager l’énergie -mise jusqu’à présent à subir- pour la placer dans la créativité et devenir nous-même, advenir.
Identifier ce qui nous aliène pour pouvoir choisir de s’en libérer.
Accepter – par le sens trouvé- les blocages, freins, obligations, injonctions, pour/et les laisser partir.
Libération / identité-image de soi, et énergétiquement – corps.
L’analyse est une maïeutique (art d’accoucher les esprits)

La psychanalyse a comme vocation d’élucider. Élucider qui nous sommes, les origines de nos angoisses, blocages, répétitions. Beaucoup d’analyses se terminent avec cette liberté de savoir qui nous sommes, mais bien souvent limitée à des étiquettes. Plutôt qu’un magma informe et angoissant, l’analysant repart avec dans son cabas ses divers symptômes identifiés, étiquetés…. et vit avec. L’affranchissement de ces symptômes demande une démarche supplémentaire, qui relève de l’analysant : il s’agit d’accepter de délaisser les bénéfices secondaires des comportements, pensées, croyances, qui sont désormais identifiés.
Sa finalité serait celle d’un dégagement qui permettrait de passer de la répétition à l’élucidation, du destin à la sortie du destin.
Philipe Sieca.
Cette élucidation des bénéfices secondaires est terriblement protégée par le psychisme, et demande, pour s’en affranchir, un travail de volonté-désir, d’alignement du mental et de l’émotionnel. Cette économie comportementale et psychique tient souvent lieu d’identité. Il n’y a pas que l’affranchissement, il y a création d’une nouvelle identité, la découverte d’une nouvelle économie psychique. Il faut alors trouver la continuité dans son identité, tout en lui donnant de nouvelles formes. L’analysant a la responsabilité de lui même en tant que sujet face à sa vie.

 

 

 

Image Miss.Tic, photo Nicolas Scoulas

C’est un chemin de vie. Ce n’est pas une méthode brevetée. Ce ne sont pas de techniques à appliquer, ni même un savoir à acquérir. C’est une qualité d’être. On le devient en apprenant à être, pas en acquérant une formation et en plaquant une méthode.
There’s a difference between a responsive, emotionally present approach to doing nothing with someone and a detached, intellectual wait and see attitude more akin to observing a rat in a lab experiment. The magic occurs when the healer can be present and vulnerable when he can embrace his own dark night of the soul and use it to relate to others.
Linda Kohanov

 

Ce n’est pas un sport d’intellectuel. Contrairement à une idée reçue, et pour le coup mal dégrossie, l’inconscient n’est pas (que) le mental. Au contraire, l’inconscient c’est le sensible, le corporel. C’est par le corps qu’il se manifeste : actes manqués, posture, voix et altération de la voix, symptômes, compulsions, tout ce que nous laissons échapper, et qui en dit bien plus que ce que notre volonté contrôle.

Les thérapies de la psyché sont nombreuses sur le marché. La psychanalyse est une des plus anciennes. Des thérapies plus courtes, ‘instrumentalisées’ et labellisées existent pour tenter de répondre aux malaises, frustrations, angoisse, mal être auquel tout un chacun peut se retrouver confronté. Les offres de thérapies sont différentes, comme sont différentes les demandes, les attentes.

A mon sens, croire qu’un thérapeute peut apporter une solution, une guérison est un chemin dangereux. L’élucidation ne peut procéder que de nous même, aidée, encouragée, encadrée, mais elle ne fait sens qu’issue de nous même. Aucune identité ne peut être ‘plaquée’, cela ne serait que de l’étiquetage, et ne produirait pas de sens.

La question principale est en fait peut-être celle-ci : le pourvoyeur de soin est-il thérapeute ? Ou vend il des outils, une aide, une technique ? Et sa corrélation est : le patient est-il acteur ou consommateur ?

En faisant le choix de la psychanalyse on ne choisit pas d’acquérir une méthode, un outil. On choisit de devenir, d’être soi.

Il convient de bien clarifier la demande. Point n’est besoin d’entreprendre une longue psychanalyse pour apprendre à gérer les aléas de la vie. Inversement, une thérapie comportementale courte pour s’occuper de répétitions sans sens apparent, d’angoisse invalidante ne sera pas pertinente.

Il convient également que le thérapeute soit à la bonne place, qu’il se soit élucidé soi-même et ne ‘pollue’ pas la scène mentale du patient avec ses propres difficultés.

Hermann Rorschach

L’écoute.

Ce qui différencie le plus la psychanalyse des autres thérapies c’est l’écoute, totale. Elle n’est pas évitée par la proposition faite d’outils qui ‘régleraient’ le symptôme. Elle est accueillie, elle peut résonner. Elle offre la possibilité de dire et d’être reconnu dans la souffrance dite. Le psychanalyste est en position de pouvoir tout entendre, tout contenir.
Le psychanalyste est un homme qui n’a pas évité l’affrontement de l’angoisse. 
Georges Favez.
La souffrance peut être déposée, elle n’est pas évitée , quelque difficile que puisse être son écoute.
Cela permet au cadre psychanalytique d’adresser l’angoisse, la souffrance non définie, le problème qu’on ne peut même pas poser.

Le transfert
Le transfert n’existe pas qu’au sein du cabinet du psychanalyste, mais la psychanalyse est la seule discipline à utiliser, se servir du transfert. Les autres disciplines ne l’ignorent (heureusement) pas, mais elles ne s’appuient pas dessus.

Le degré d’élucidation
Quand le problème est déjà identifié, posé, défini, une psychothérapie peut suffire, proposer des solutions ou des outils. Quand l’objet de la souffrance est inconnu ou indéfini, que l’angoisse obscurcit la vie, une psychanalyse a son rôle à jouer.
Le psychanalyste est passé lui même par tout le processus d’analyse, a appris à faire la part entre l’analysant et lui même, il est affranchi des obstacles que l’analysant peut avoir à affronter.

Fonctionner vs élucider
Les thérapies ‘boite à outil’ permettent de fonctionner, par opposition à permettre d’élucider. C’est un peu comme de supprimer un symptôme, une manifestation comportementale gênante, sans s’intéresser à l’origine du symptôme -que sert-il dans l’économie psychique, quelle fonction dans notre comportement général-. Le symptôme aura disparu mais le processus qui provoque la répétition, la récidive (ou l’apparition d’une autre message symptomatique) n’a pas été envisagé.
Le patient est libéré d’une manifestation gênante, et peut continuer à faire ‘toujours du même’, dans le fond rien n’a changé. Sans conscientisation il y a répétition.

Ces accompagnements différents ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. Ils répondent à des besoins et/ou des moments différents.
La psychanalyse part du principe que le mal fait partie du malade et que le débarrasser de ce mal c’est l’amputer d’une partie de lui même. Permettre au patient d’explorer cette souffrance, l’aider dans cette exploration et dans sa compréhension, c’est réconcilier la personne avec elle-même.
Pierre Cazenave.

Les thérapies ‘outils’ peuvent être complémentaires de la psychanalyse, particulièrement quand elles s’appuient sur un travail corporel. Elles sont particulièrement pertinentes pour le traitement des traumas. Une fois identifié le trauma, élucidé sa source et sa répétition par le travail psychanalytique, la thérapie permet d’évacuer la trace dans le corps, effaçant sa mémoire cellulaire.

 

Paroles d’analysants :
(Extraits de France Inter)

Marie Darrieussecq
La première analyse c’était une question de survie. C’était pour moi, c’était pour vivre. La psychanalyse c’est un assez bon moyen pour reconnaître la personne qu’on peut aimer et de qui on peut être aimé. C’est-à-dire de rencontrer un amour vivable. Enfin, je ne sais pas comment dire… mais un amour où on ne se fasse pas trop mal. Si mes personnages avaient fait une analyse, il n’y aurait pas ces romans. Ils seraient détricottés quand même… Ils batailleraient moins, ils se feraient moins mal. La psychanalyse permet de dégager une marge de liberté, de pouvoir s’échapper.

Denis Podalydès
Il y a un grand préjugé, pour les artistes, c’est : « ne fais pas d’analyse parce que tu vas tuer la poule aux œufs d’or ! Tu vas mettre le nez dans ton inspiration, tu vas tout comprendre, tu vas tout savoir, et du coup tu seras plus capable de… » Comme s’il fallait être dans le noir le plus total pour produire et créer. Alors ça, je pense que c’est archi-faux. Au contraire, moi, ça a aiguisé mon appétit de connaissance, mon appétit de découverte, la faculté d’émerveillement, une certaine facilité à sentir où est-ce qu’il y a la beauté chez quelqu’un, dans une chose…

Marie Desplechin
À ce moment là c’était soit ça, ça marche, soit je passe par la fenêtre. En fait, j’ai l’impression que c’est chamanique. C’est comme si ça avait été une forme d’architecture contrainte qui avait tenu le reste. Alors j’ai râlé hein : il y avait les fois où j’étais en retard, les fois où je ne pouvais pas y aller, les fois où je trouvais ça trop injuste de payer la séance où je ne pouvais pas aller, les fois où je trouvais que c’était absolument n’importe quoi… Mais y a aussi cette distribution… tous les gens qui vous disent « ohlala avec tout ce que t’as donné à cette personne t’aurais pu t’acheter, je sais pas, une grosse voiture ». Mais qu’est-ce que j’ai à faire d’une grosse voiture ? « Ou une maison de campagne. » Je veux pas de maison, je veux une vie quoi !

Woman Seated on Striped Couch with Hand Covered Face in Background
Richard Diebenkorn.